vendredi 9 novembre 2007
Aux enfants de Germinal...
C'est mon 100 ème post aujourd'hui et j'ai longtemps hésité avant de l'écrire.
Je voulais vous parler de quelque chose de particulier qui me touche beaucoup et comme je vois ce blog comme une sorte de journal, j'ai décidé de me lancer...
Je voudrais donc dédier mon 100 ème post aux gens du Nord. Le Nord? Pas celui du vieux Lille, de la belle architecture Flamande, non, le Nord comme le chantait Pierre Bachelet, celui des corons...
Je suis née à Douai et je suis petite fille de mineurs. Je n'ai pas connu mon Grand-Père maternel car il est décédé trop vite, certainement à cause de tout ce qu'il a pu respirer durant ces années où il travaillait sous terre.
Ma Grand-mère est decendue dans la fosse à l'âge de 11 ans. Quand ma Mère me racontait çà, je ne pouvais pas comprendre, moi qui ai eu une enfance heureuse entourée d'amour.
Maintenant je comprends car j'ai des enfants et je me rends compte, alors que mes filles préparent leur lettre au Père-Noël, que d'autres n'ont pas eu d'enfance...
Je me rends compte car samedi dernier je suis allée visiter le musée de la mine de Lewarde
Ce n'est pas un musée comme les autres car après une visite où l'on vous explique comment se préparaient les mineurs avant de descendre dans la fosse, on vous donne un casque et vous partez à votre tour dans les galeries, accompagnés d'anciens mineurs qui vous racontent ce qu'a été leurs conditions de vie et croyez moi, vous en ressortez bouleversés...
Les enfants... les "galibots" comme on disait, descendaient très jeunes et travaillaient dans des conditions épouvantables...
Tôt le matin les mineurs arrivaient dans "la salle des pendus" (photo du haut) et décrochaient leurs "loques ed'fosse" pour se changer.
Certains en remontant prenaient une douche mais d'autres se lavaient chez eux...Ma Mère me racontait que les femmes faisaient chauffer de l'eau qu'elles mettaient dans une baignoire en zing devant le poële et que les hommes se lavaient là...la maison était toujours pleine de poussière...
Voici une photo de" corons", ces maisons où vivaient les mineurs et leur famille
Les corons existent toujours et mon parrain habite dans la maison de son enfance...
Voici un teril, il n'en reste plus beaucoup aujourd'hui... une centaine je crois pour toute la région Nord-Pas de Calais.
C'est une sorte de colline ... monticule de cailloux, tout ce qui était remonté et qui n'était pas du charbon.
On vous raconte qu'il était très difficile de descendre un cheval dans la fosse, il fallait plusieurs heures pour ne pas trop l'effrayer.
Il n'était pas rare de voir de petites cages avec des canaris, cela rassurait les mineurs... Dès que l'on trouvait un animal mort, tout le monde remontait très vite car c'était signe de catastrophe...
Le "coup de grisou" était terrible. Il y en a eu un à Courrières qui a fait plusieurs centaines de victimes. Un groupe est resté bloqué sous terre durant plus de trois semaines. Déshydratés, ils buvaient leur urine... Affamés, ils ont tué le cheval qui est mort dans d'attroces souffrances, afin de ne pas mourir de faim.
Ceci n'est un petit chapitre de ce qu'a pu être la vie des mineurs. Mais cela fait partie de notre patrimoine, il ne faut pas qu'il parte dans l'oubli...
Pour celles qui liront jusqu'au bout et qui diront que cette région est bien triste, je vais vous dire une chose...
Oui, il fait gris et oui, certains paysages comme la première photo qui est l'endroit où a été tourné le film "Germinal", sont tristes...
Mais dans le Nord, la chaleur et le soleil sont dans le coeur des hommes.Nulle part ailleurs vous trouverez des gens aussi accueillants et moi, même si je vis aujourd'hui en région parisienne, c'est avec plaisir que je retournerai vivre auprès de ma famille.
Pour finir, je citerai Dany Boon, comique "Ch'ti" que j'aime beaucoup: "Dans le Nord on pleure deux fois...quand on arrive et quand on repart"...













